La Vitrine

Théodore Rousseau (Paris 1812 – Barbizon 1867)
Bord de rivière arboré.
Esquisse au crayon noir sur papier, monogrammé au crayon en bas à droite.
Fines rousseurs éparses, ombres d’humidité sur le bord droit et en bas dans l’angle gauche.
Provenance : collection particulière, Paris
Le dessin : H. 7 cm. ; L. 15 cm.
L’encadrement : H. 28 cm. ; L. 34 cm.
Prix demandé : 550 euros

Dessinateur par plaisir et par goût, de tempérament contemplatif, épris d’arbres, de cours d’eau, et plus généralement de cette nature avec laquelle il semble entretenir des échanges d’une profonde et paisible sensualité, Théodore Rousseau s’est très tôt exilé aux lisières de la forêt de Fontainebleau afin de mieux se fondre dans le décor de ses œuvres. Rejoint par Corot, Daubigny et Millet, les pionniers du mouvement, il forme avec eux la première école de Barbizon.
Dans son œuvre, dessiné ou peint, peu de personnages, mais des arbres en majesté, des étangs et des rivières riantes. Un trait influencé par John Constable, découvert par Rousseau vers 1830, qui donne à ressentir le mouvement et les oscillations de la nature, sa libre sauvagerie, ses infinis mais discrets élancements et arabesques. Est-ce un hasard si cette sensibilité a su toucher les Américains, dont on sait la culture profondément influencée, à la même époque, par les philosophes et poètes naturalistes au premier rang desquels Henry David Thoreau – l’exact contemporain de Rousseau ?
Peu à peu retombé dans l’oubli en France, Théodore Rousseau fait l’objet depuis une quinzaine d’années d’un regain d’intérêt : redécouvert, réhabilité, il est désormais reconnu comme un dessinateur majeur et influent, au point d’être parfois considéré comme l’un des précurseurs de l’impressionnisme. Maurice Gobin, marchand d’art et collectionneur, va plus loin encore en évoquant cette écriture si particulière qui « semble annoncer – par une audacieuse anticipation – les dessins lumineux et aérés de… Van Gogh ! » (1)

Cette esquisse au crayon noir d’un bord de rivière arboré, révélatrice de la touche sensible de l’artiste, d’une légèreté presque pointilliste et tracée d’un seul élan, semble comme en suspension. Suggérer plutôt que figurer, et donner à ressentir plutôt qu’illustrer : voici, en quelques traits de crayon, l’intention de l’artiste. Mouvement et profondeur sont rendus par le point de fuite serpentin de la rivière et par les courbures des branchages et des feuillages ployés au-dessus du cours d’eau. Horizontalité et verticalité restent ainsi discrètes, choisies, et se fondent en une même pensée.
Ce délicat témoignage d’un émouvant entretien avec la nature, destiné au seul plaisir de son auteur et pourtant monogrammé comme pour mieux sceller l’éphémère rencontre, diffuse une puissance presque mystique. Théodore Rousseau était coutumier de ces communions sylvestres, comme il s’en est un jour ouvert à Alfred Sensier : « J’entendais la voix des arbres. Tout ce monde de flore vivait en muets dont je devinais les signes, dont je découvrais les passions. » (2)
On imagine cette feuille modeste envolée d’un carnet de campagne glissé dans la poche de la veste du dessinateur.

Notes :
(1) Maurice Gobin. L’art expressif au XIXe siècle Français : 120 dessins, aquarelles, gouaches et pastels, commentés et illustrés, Éditions des Quatre Chemins, Editart, Paris, 1960. Chapitre VII.
(2) Claudie Judrin. Inventaire des dessins du musée Rodin, 1987-1992. Vol. I, Éditions du musée Rodin, Paris, 1987, p. LVI.

 

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Simon Goldberg (Paris 1913 – Paris 1985)
Nu allongé
Fusain sur papier
Signé et daté (19)53, en bas à droite
Encadrement (à revoir)
Provenance : collection particulière, Paris
L. : 29,5 ; H. : 20,5
Prix demandé : 275 €

    Sculpteur appartenant au courant de la sculpture figurative indépendante, dans la lignée de Rodin et Bourdelle, Simon Goldberg entre dès l’âge de 13 ans dans l’atelier d’Elysée Cavaillon, ancien membre de la « Bande à Schnegg ». Il s’aguerrit plus tard en suivant le cours de moulage de Robert Wlérick et celui de dessin de Charles Malfray à l’Ecole des Arts Appliqués. Considérant le dessin comme un médium à part entière, il est reconnu pour son trait léger et sensible, souvent de première intention, ses fusains, ses encres et lavis aux atmosphères estompées, ses vues de Paris et d’Amsterdam, où il séjourna quelque temps en 1955 après avoir reçu une bourse de création pour la maison Descartes. Le Rijksmuseum d’Amsterdam, mais aussi les musées de Leyde et d’Utrecht, ont acquis ses dessins et gravures en grand nombre. En France, ses dessins sont conservés dans les collections des musées de Nevers, Valence, Granville, Blois et Sceaux.

    Ce nu de trois-quart dos, d’une sensualité pleine de délicatesse et de pudeur, possède les atours des figures féminines de Simon Goldberg : formes et courbes généreuses, pleines, parfois un sein qu’on ne saurait voir sans bien regarder, une touche subtile évoquant un peu du mystère féminin – pour ce nu, tout le détail se glisse dans le chignon, sans doute composé à la va-vite par le modèle, fugacité saisie avec finesse par l’artiste.
La pause est d’un naturel confondant, l’attitude alanguie à la fois protectrice et offerte imprimant force et mouvement au dessin. L’économie des traits vient encore renforcer ce sentiment d’une élégance dénuée de sophistication. À peine quelques épaisseurs marquées par le fusain pour plisser la chair, pour figurer les ombres et les reliefs, sans insistance, afin de ne pas déranger le sommeil du modèle et ses rêves qu’on suppose sereins.

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Hilda Bird
Wild Mulberry
Groupe Anmatyerre
Utopia
Désert Central (Australie)
Acrylique sur toile
60 x 40 cm
Certificat d’authenticité
Collection particulière
Prix demandé : 450 €

Fille d’Ada Bird Petyarere et nièce de Kathleen et Gloria Petyarre, Hilda Bird naquit vers 1950 dans le Territoire du Nord (Australie), et suit les traces de sa mère et des ses tantes, en se mettant également à la peinture. Elle s’inspire pour l’essentiel de l’Awelye, une série de rites associés à la fertilité de la terre. Ces motifs transposés sur les toiles prennent le plus souvent l’aspect de peintures corporelles ou d’éléments floraux comme nous l’observons dans Wild Mulberry.
L’une des ses pièces co-créée avec Ray Nelson Panunga fait partie des collections permanentes de l’Art Gallery of New South Wales (Sydney).

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