Copier n’est pas tricher

Copiste au Louvre
François Binet, Copiste au Louvre

Rencontre avec François Binet, Copiste, à l’occasion du Salon des Copistes au Louvre qui se tient à la mairie du 6e arrondissement de Paris. Cette 7e édition réunit 28 copistes et présente 57 copies. Les artistes semblent avoir pratiqué la copie de tout temps, tout du moins dès l’Antiquité.  L’Apollon du Belvédère (Vatican), représenta l’incarnation du génie grec pour Winckelmann, antiquaire et historien de l’art du XVIIIe siècle, mais s’avéra être la copie romaine d’un original grec attribué à Léocharès (IVe s. av. J.-C.).  La pratique de la copie permit aux artistes, au fil des siècles, de diffuser une image, de parfaire aussi leur formation et représenta, pour certains, une source de revenus : Le Caravage réalisa, par exemple, à Rome des copies pour des amateurs. Ainsi les plus grands maîtres s’y sont exercés. Le Salon des Copistes au Louvre remet donc, tous les deux ans, à l’honneur cette discipline, aujourd’hui, trop oubliée ou ignorée. Et l’Hôtel Drouot proposait en mai, pour la première fois, une vente aux enchères consacrée au fonds d’atelier d’un copiste, l’atelier Dagher – Copiste au Musée du Louvre et au Musée d’Orsay,  avec l’étude L’Huillier .

La copie nécessite, selon François Binet, beaucoup d’humilité. Il se sert des œuvres des autres pour glisser un peu de lui, sans ressentir le besoin d’exister par lui-même. La copie, François la pratique depuis 15 ans, après avoir créé ses propres œuvres ; elle lui permet de mieux comprendre la peinture. Tout a commencé pour François, avec deux amies, alors que tous trois peignaient les bords de Seine en plein air. L’une d’elle lui glisse l’idée de la copie ; François, doux rêveur, laisse passer le temps… L’idée fait son chemin, et un jour, notre artiste contacte la responsable des Copistes du Louvre. Cette dernière lui confie un premier exercice :  La charrette embourbée  de Fragonard, avant de l’intégrer au cercle des Copistes du Louvre.  Au regard de cette première copie, on observe déjà le style de François. Tout de suite, il se laisse prendre au jeu : « Copier, c’est créer » comme il aime à le répéter. Lors de sa deuxième copie, La Grande Bacchanale de Poussin, il réalise qu’il a trouvé son endroit ; il se sent à sa place, et depuis, il continue de copier inlassablement. Comme n’importe quel peintre, il ignore chaque matin ce que lui réserve la journée, et il trouve cet « état délicieux ».  Insatiable curieux, il s’attèle à copier bon nombre d’artistes baroques, classiques ou encore modernes mais il aime par dessus tout les œuvres  de Rubens et de Jordaens, pour leurs mouvements… Enfant, François se montrait discret, parlait peu, et c’est par la peinture qu’il trouve enfin son moyen d’expression. En copiant les artistes, il appréhende en profondeur leurs œuvres et leurs secrets. Il comprit la poésie d’Utrillo en copiant son œuvre. La copie, un moyen d’expression avec ses contemporains mais aussi un dialogue avec les grands maîtres.

Les prix de ses tableaux varient selon les époques et dépendent aussi des endroits où sont réalisées les copies. Par exemple, une copie ne dépassant pas 15 Paysage (65 x 50cm) peinte au musée d’Orsay se vend environ 2000 € alors qu’une copie d’une peinture des XIXe ou XX siècles, réalisée à son atelier dans le même format, coûte entre 600 et 1000 €. Quant à une copie faite au Louvre, dans un format 80F ( 146 x 114cm ), elle est proposée entre 4000 et 7000 €.

L’art de la copie suit une réglementation : au musée du Louvre, les copies doivent faire 5 cm de plus ou de moins que leurs originaux ; de plus, le copiste ne peut reproduire la signature de l’auteur.  En dehors des musées nationaux, les dimensions d’une copie d’une œuvre du domaine public sont libres, à condition qu’on puisse l’identifier comme copie de manière permanente et définitive. Au Salon des Copistes du Louvre, il est intéressant d’observer l’approche de chaque artiste : certains copistes vont s’appliquer à transcrire chaque élément le plus fidèlement possible alors que d’autres vont  s’approprier l’œuvre et complétement la réinterpréter… Flûtiste, François Binet aime à répéter que les musiciens copient, à leur manière, tout le temps, et cela le plus naturellement du monde.

7e édition des copistes au Louvre
Marie du 6e arrondissement
78 rue Bonaparte
75270 Paris cedex 06
Tél. 01 40 46 76 60
www.mairie6.paris.fr

Ouverture du lundi au vendredi de 10 h 30 à 17 h, jeudi jusqu’à 19 h, samedi 10 h de 12 h, jusqu’au 18 juin 2016.

Pour toute demande de devis ou information, vous pouvez contacter François Binet à francois.binet92@orange.fr ou sur le +33 (0)6 21 11 32 41. Retrouvez ses actualités sur http://www.francoisbinet.com http://www.francoisbinet.com/en